Mame et shohin, leur présentation
- 12 nov. 2023
- 7 min de lecture
Atelier du 20-11-2021avec JB Gallais
Christèle Girault-YCOU
Ce qu’il faut savoir pour construire un Shohin:
Rappel sur les tailles des bonsaï (hauteur de l’enracinement à la cime)
Le Mame = 5 à 15 cm de hauteur
Le Shohin = 18 cm à 24-25 cm grand maximum de hauteur
Le Chuhin = 25 à 40 cm de hauteur
1- La base racinaire :
Il est important de maîtriser de suite l’agencement des racines (obtenir une disposition des racines en étoiles) et du Nebari.
Porter une attention particulière sur la disposition des racines permet d’ équilibrer parfaitement la partie aérienne (petit feuillage ; ramification fine ; entre-nœuds courts…).
Rempotage à effectuer tous les 2 ans, voire tous les ans.
Celui-ci est plus fréquent pour les petits arbres car les racines vont remplir rapidement le pot plus petit.
L‘automne est une très bonne période pour faire les rempotages, feuillus et conifères inclus.
Le gel le plus dangereux pour l’arbre, c’est le gel de printemps, et non celui d’hiver !!!
En rempotant en automne, nous sommes sûrs de ne pas geler la motte d’ici à ce que la plante refasse ses racines ; qu’elle se réinstalle avant le printemps, et ainsi éviter les périodes de gel tardives, dangereuses et malheureusement de plus en plus fréquentes depuis quelques années.
En hiver, l’arbre continue à avoir une activité racinaire, même si celle-ci est ralentie.
2- La partie aérienne :
Ensuite, travailler la partie aérienne.
Taille de ramification ; taille 2/2 ; taille de silhouette…
3- Le tronc :
Obtenir un tronc conique.
Donc conicité à travailler, et à corriger rapidement si besoin.
Comment faire grossir les branches :
A l’aide de tire sève qu’il faudra refaire tous les ans jusqu’à obtention du diamètre désiré.
Entretien du Shohin / mame:
Exposer le Shohin/mame au soleil le matin ; ombrager l’après-midi (aux heures les plus chaudes l’été).
Arroser normalement.
Sinon, 1 à 2 arrosages au plus chaud de l’été suffisent.
Humidifier l’environnement du Shohin permet de baisser considérablement la température ambiante lorsqu’il fait très chaud.
Construire un arbre en bonsaï, ce n’est pas du tout la même chose que de travailler un arbre poussant dans une haie !
Dès le commencement, aller à l’essentiel, et tant pis si notre arbre est très dénudé.
Notre seul objectif étant de construire son tronc.
Tout d’abord, éliminer tout ce qui ne va pas :
- branches qui se croisent ; mal orientées (dessus/dessous/à l’intérieur);
- Branches en surnombre ; éliminer les nombreux départs de branches à un même point car elles génèrent de la rupture de conicité au fil du temps ;
- Eclaircir l’intérieur de l’arbre pour faire rentrer la lumière ;
- Faire des choix de coupes pour créer de la cohérence dans le mouvement des branches ; tenir compte du sens de l’arbre ;
- Créer la conicité en faisant du remplacement de branche.
- La construction de la cime est l’étape finale.
Là encore, il y aura une 1ère branche ; une 2ème branche ; une branche arrière…
L’orientation des branches diffère selon l’essence :
- Les Feuillus : les branches s’orientent vers le haut
- Les Pins : les branches s’orientent vers le bas
- Le Pin blanc : les branches ont une orientation horizontale (Le pin blanc n’est pas un épicéa).
Première mise en forme d’une branche de pin :
- Disposer par ligature ou haubanage les branches secondaires « en arête de poisson » à plat, ce qui va stimuler l’apparition des bourgeons arrière
- Par la suite, créer le volume de la branche en se servant des bourgeons qui vont se développer sur le dessus des branches secondaires.
Lors de la construction de l'arbre, créer des espaces vides intéressants.
On peut appeler notre arbre un Bonsaï après sa 3ème formation, soit 3 X 5ans = environ
15 ans de travail !
Comment obtenir des Shohin à partir de semis :
Le semis permet d’avoir un pré-bonsaï rapidement (en une 10 zaine d’années).
Ne jamais cultiver le semis en pleine terre.
Cultiver en pot ajouré, genre pot de bassin pour obtenir un beau jeu de radicelles.
Laisser pousser et ne rien faire :


Le substrat doit être très fin, genre akadama pur très fin pour toutes les essences de shohin.
Rempotage à réaliser tous les 2 ans selon l’enracinement.
Dès que le semis est gros comme le petit doigt, faire un marcottage systématique pour créer un nebari de qualité, à moins que nous l’ayons déjà obtenu.
Dès que nous avons atteint le diamètre de tronc voulu c.à.d. assez gros pour créer un shohin, effectuer une coupe oblique au-dessus des 1ères branches (= 1 à 2 branches en partant vers le bas).
Cette intervention va également générer du bourgeonnement arrière = futur matériel pour construire notre shohin.
La construction des branches se fera à l’aide de tire sève jusqu'à obtenir le diamètre désiré, en répétant plusieurs fois les opérations : laisser pousser, couper.
Un shohin se construit dans un petit pot, voir même son pot d’installation. En élevant nos shohin dans des petits pots, on leur donnera plus de caractère.
Les règles de présentation en armoire :

Jean Bernard Gallais (instructeur national de la Fédération du bonsaï), nous explique comment réaliser une armoire dans les règles de l’Art, ici avec ses propres shohin.
Composition à 5 éléments
Le haut de l’armoire : placer un pin ou un feuillu au tronc puissant (=arbre principal).
C’est cet arbre qui indique le mouvement général de la composition.
Son mouvement va vers l’arbre d’accompagnement (ou arbre secondaire), et l’arbre d’accompagnement ira vers l’arbre principal situé en haut de l’étagère.
Au deuxième étage : les arbres se « regardent » = leurs mouvements se rencontrent.
Au bas de l’armoire : les arbres se « regardent » = leurs mouvements se rencontrent.
Il est possible d’ajouter une petite tablette sous un arbre pour bien le positionner dans l’armoire ; pour l’équilibrer dans l’espace qui lui est imparti.
Un autre support contiendra un arbre d’accompagnement et sa plante d’accent (shitakusa).
L’arbre d’accompagnement (appelé aussi secondaire) peut atteindre jusqu’à 40/45 cm de hauteur, du moment qu’il ne dépasse pas la hauteur de l’armoire (celle-ci faisant généralement 50 cm de haut). Il est donc possible d’installer un lettré en arbre secondaire.
Le Shitakusa ou plante d’accent accompagnera l’arbre secondaire.
C’est la partie la plus fine du jita qui indique la direction, donc à orienter vers l’armoire.

Une fois terminée, nous comprenons mieux l’importance de repérer le sens de chaque arbre pour les placer correctement ; permet de guider le regard du visiteur vers une vision d’ensemble ; création d’une harmonie.
Pour se lancer dans la réalisation d’une armoire, il est nécessaire d’avoir à sa disposition un grand nombre de shohin.
Exemple :
Pour créer une armoire aux 4 saisons = représenter le printemps/été/automne/hiver dans cette même armoire, il sera nécessaire d’avoir une 100taine d’arbres à sa disposition !
D’autres présentations demandent moins d’arbres comme l’utilisation d’armoires plus petites ; la présentation à 3 éléments. Ce n’est pas pour autant que l’exercice sera plus simple !!!
Pour se faire, il faudra donc :
- Avoir des shohin ayant du mouvement vers la gauche, vers la droite ; cascade vers la droite, vers la gauche ; proposer différents styles d’arbres; différentes essences …
Il sera judicieux de travailler son shohin de manière à ce qu’il ait 2 faces, cela pouvant offrir plus de choix dans les accords « sens de l’arbre ».
- Avoir des pots variés dans leurs formes/couleurs/textures/hauteurs/avec pieds ou sans pied/avec rebord ou sans rebord…
- La variété des couleurs peut se jouer sur leur nuance ; avec des textures différentes ; à l’aide de motifs, d’incrustations… Il faudra donc veiller à ce qu’ils ne soient pas identiques, en y apportant des variantes de toute sorte.
- Il est possible de présenter une armoire avec une seule essence mais dans ce cas, veiller absolument à ce que les pots soient tous différents dans leur forme/couleur…
Nous pouvons proposer plusieurs pots ovales mais pas avec le même ovale !
La différence pouvant se jouer sur la forme même avec un ovale plus ou moins prononcé ; avec des rebords ou sans ; la hauteur du pot ; avec des pieds/sans pied ou différents; des couleurs variées, jouer sur les nuances d’une même couleur, avec des motifs, des coulures et effets de toutes sortes ; différentes matières/textures…
- Devant cette multitude de paramètres, la réalisation d’une armoire reste complexe.
Il peut-être plus accessible de rassembler les arbres de plusieurs propriétaires pour se lancer dans une telle aventure !
Et ainsi avoir la possibilité de proposer une plus grande variété d’arbres.
C’est vraiment un exercice de club !
En Asie, à la Kokufu-Ten, cela peut aller encore plus loin.
Un arbre de 100 ans d’âge = un pot honorable de 100 ans !
Ce ne sera pas le cas pour les tablettes de présentation et les armoires.
Les règles de présentation de celles-ci sont assez récentes, elles datent des années après-guerre (vers 1950).
Depuis quelques années, lors de grandes expositions telles que la Kokufu-Ten, nous pouvons remarquer des changements dans le choix des pots.
Maintenant, nous pouvons admirer des pots en porcelaine ; des pots émaillés pour des conifères tels que le Pin noir (=très souvent l’arbre principal d’une composition en armoire en Asie).
A notre niveau Européen, le plus important est de proposer une bonne homogénéité dans la construction de notre armoire :
On peut considérer l’armoire comme un tout symbolisant une montagne.
On doit obtenir un équilibre dans la composition, harmonie et beauté
Ne doit-elle pas provoquer de l’émotion ?
J.B Gallais répond « Non » car l’émotion, c’est quelque chose de très subjectif !
Nous n’avons pas les mêmes émotions/les mêmes références émotionnelles face à une œuvre.
Une œuvre qui me touche peut ne rien provoquer chez une autre personne !!!
Il en va de même pour un bonsaï ou une composition d’arbres.
Il faut donc s’en tenir à une réalisation harmonieuse et équilibrée.
La présentation à 3 éléments :
Une alternative à la présentation en armoire.
Elle demandera un moins grand nombre d’arbres à sa disposition, mais ce n’est pas pour autant que l’exercice sera plus simple !
Si l’arbre principal est en fleurs ou en fruits à la plante d’accompagnement (shitakusa) n’est pas obligatoire dans l’espace de présentation, car la floraison/fructification se suffit à elle-même.
Ne jamais avoir de symétrie au sein de la présentation.
Exemple :
Il est possible de mettre 2 pots ronds mais ils ne devront pas être identiques, bords droits ou incurvés, pas de la même couleur, pas les mêmes rebords, pas les mêmes hauteurs…
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